___« Le sale bus, dehors il pleut. Je suis en retard, déjà fatiguée, accablée de monotonie. Et ce n'est que le matin. Et ce n'est que novembre. Ma vie comme éteinte, mon humeur si grise. Tout fermé, tout noir.
___Et puis lumière. Éclair. Flash.
___Et puis soleil : ses yeux.
___Là-bas, au fond du bus, éclatant au milieu des ombres incolores, brillent des yeux différents, me vrillent ses yeux brûlants. Oh. Je croise son regard, mais croiser, c'est pas assez. Je veux tomber dedans, je veux nos yeux collés. Déjà il regarde ailleurs. Il balaie le dehors, qui cherche-t-il qui n'est pas moi ? Allons, ce n'était qu'un rêve. Car personne de si beau ne me regarde moi. Il m'a oubliée, je n'existe plus, sans ses yeux je perds mes couleurs et je m'évanouis.
___Mais il tourne la tête et me revient, cette fois nos yeux se choquent, ça fait comme une décharge, un coup de tonnerre, pourquoi les gens ne se retournent-t-ils pas ? C'est trop et je me détourne puis retourne à lui qui à son tour me fuit, me retrouve et..
___.. Le bus s'arrête et ma vie s'arrête. Il descend et pas moi, il me quitte et j'ai froid. Par la fenêtre en larmes, je le regarde qui encore me regarde, le bus redémarre et mon coeur aussi, parce que dans la pluie qui ruisselle, je crois qu'il m'a souris. »